Pour ne plus parler de religion

Les spectateurs sont installés confortablement dans leur fauteuil et les bruissements s’estompent peu à peu alors que le rideau s’apprête à s’excuser au profit du spectacle. En coulisses, les candidats à la présidentielle de 2017 répètent leurs plus belles homélies pour convertir un public déjà anesthésié par l’indigence intellectuel qu’on lui sert depuis quelques représentations. Nous voici donc au début de la grande comédie qui mènera aux responsabilités le prochain Président de la République française. Comme attendu, les premières joutes électorales nous laissent à penser que la route qui le mènera à l’Elysée prendra beaucoup de raccourcis – pour grimer des sophismes en vérités toutes faites afin de séduire l’électeur un peu naïf – quitte à passer par le caniveau.

Si on connait les lubies de l’extrême droite et s’il y avait fort à parier que le thème identitaire – mot fourre-tout qui sert essentiellement à parler de la religion sans la nommer – demeurerait inextirpable des propos(itions) de candidats comme Nicolas Sarkozy, les événements dramatiques qui se sont déroulés depuis la dernière comédie ont déjà fait basculé dans la surenchère médiatique un gouvernement qui n’a plus rien de socialiste, et vont vraisemblablement faire déraper toutes les discussions jusqu’à l’extrême gauche autour de la question de savoir ce que c’est d’être français. Récemment, le très complexé Robert Ménard nous a donné sa réponse : être français c’est être blanc, et c’est être catholique. Passons rapidement sur la première condition pour laquelle on ne sait pas si on doit rire ou pleurer et concentrons-nous sur la seconde qui est moins commune, car si jusqu’ici la frustration de beaucoup trop de monde était que certains de leurs concitoyens ne veulent pas arrêter d’être musulmans, les salauds, ou que trop à leur goût auraient survécu à Auschwitz et domineraient depuis les principaux leviers du pouvoir, aujourd’hui il faudrait en plus être catholique pour « être un bon Français ». Ce qui est étonnant est la retenue dont font preuves les athées lorsqu’ils sont oubliés, mal considérés et parfois même stigmatisés (si si, stigmatisés aussi). Si on suit les propos de Robert Ménard (ou de Nadine Morano il y a quelques mois), tout en étant blanc et bien bourguignon on ne serait pas digne d’être français parce que nous ne sommes pas de confession catholique, même pas chrétienne (et si ça se trouve même pas d’origine gauloise…). Triste de devoir encore le dire de nos jours, revendiquer son héritage politique du Général de Gaulle c’est se réclamer de la France libre mais c’est aussi vivre dans les années 50 et 60 et il n’existe aucune société parfaitement immuable dans le monde, certainement pas la société française. Autrement dit, s’il eut existé des gens formidables en France, certains de leurs propos d’époque quand bien même fussent-ils unanimement salués (ce qui n’était bien évidemment pas le cas pour de Gaulle), sont nécessairement surannés en 2016 et la déconnexion de la réalité est criante lorsqu’ils sont péniblement recyclés des décennies plus tard.

Pourtant, la laïcité en France à travers la loi de 1905 permet normalement de pratiquer son culte en toute liberté et dans le respect de celui des autres. Dit autrement, elle garantit à un gros tiers de Français, à savoir les athées et agnostiques, la possibilité de ne pas se laisser abrutir par tous les autres. Malheureusement, la revendication prosélyte et égocentrée se fait toujours entendre en France avec beaucoup plus de décibels que les envies de tranquillité, et qu’ils le veuillent ou non les athées se retrouvent noyés malgré eux dans le grand tourbillon politico-médiatique qui parle indirectement mais essentiellement de religion à travers des sujets comme l’immigration, la sécurité et l’identité.

Aujourd’hui et toutes religions confondues, il faut admettre qu’entre autres choses il y a de ça et là du zèle de victimisation. D’un côté les uns frôlent le choc anaphylactique si on touche à leur religion, même quand c’est constructif (ou même juste pour déconner), et de l’autre des gens qui ne parlent que du burkini à Cannes ou du bidonville de Calais alors qu’ils n’y mettent jamais les pieds. Par ailleurs la meute cri au loup antisémite à la moindre critique de la vision géopolitique de Benyamin Netanyahou, au loup islamophobe à l’idée que bien qu’instrumentalisé et que rien n’étant égal par ailleurs l’Etat Islamique est une représentation parmi d’autres de l’Islam politique (tous les catholiques du XVème siècle n’étaient pas inquisiteurs et cela n’efface pas pour autant l’Inquisition de l’héritage du catholicisme…), ou au mauvais français voire au traître à la nation dans le fait ne pas se reconnaître dans l’héritage chrétien du pays.

Sans remettre en question les sensibilités des uns et des autres et surtout pas celles de ceux directement concernés par les deux « sujets d’actualité » du burkini et de la jungle de Calais  (c’est-à-dire très peu d’entre nous), ce n’est pas interdit de penser que certainement une majorité de « victimes » exagèrent la peine suscitée au quotidien, et si dans le fond là est bien la cause de tous nos problèmes. La vérité est peut-être que beaucoup en 2016 sont tellement incapables d’autodétermination qu’ils s’inventent des opinions propres et une conscience fondamentale avec des hypothèses de départ très légères voire erronées, alors qu’ils sont consciemment ou inconsciemment dans le mimétisme ou parfois téléguidés par le pouvoir obscur de médias eux-mêmes téléguidés. Ce ne sont jamais les plus nombreux mais toujours les plus bruyants. Ils se sentent comme les obligés de causes ou de combats dont ils se foutent en privé et s’émeuvent en public, si cela les aide à se sentir quelqu’un, beaucoup ne font que rajouter encore un peu d’emmerdements là où il y en a déjà suffisamment.

Réduire la pensée des Français à ce genre de caricatures serait bien évidemment et encore une fois injuste pour un grand nombre d’entre nous, mais sans être dans le déni de certains problèmes et sans tirer le trait au-delà, rien n’interdit non plus de prendre un peu de recul sur la cause réelle des tensions en France et dans le monde et des faits peu contestables comme celui où des riches deviennent encore plus riches pendant que les pauvres deviennent plus pauvres et que le milieu survit non sans dommages, que des problèmes d’une autre envergure encore sont à résoudre avec l’augmentation de la population sur Terre et la raréfaction ou l’accaparation des ressources, ou encore qu’une guerre totale dans certaines régions du monde et voire d’Europe nous pend tellement au nez qu’on s’en moucherait les pieds.

Sans s’égarer jusque-là, parmi ceux qui sont donc en position de nous représenter à court terme depuis le trône de l’Elysée et ses annexes, les muets sont nombreux et les bavards timides sur une économie toujours aussi ensablée pour les uns et généreuse en dividendes pour les autres, au point que personne ne se demande même plus pourquoi l’espérance de vie des gens en bonne santé baisse en France depuis 10 ans pendant que certains ont vu leurs dividendes augmenter de 60% en 5 ans. Des riches pas si riches n’y sont pour rien et sont traités comme des voleurs, en 2016 on « suspecte » les gens de gagner de l’argent, pendant que des pauvres qui n’y sont pour rien non plus sont traités comme des machines incultes et bons qu’à l’usine ou au chômage. Ainsi, de misères en dépressions, pris sur d’autres sujets comme celui de la religion qui a le don de monopoliser l’attention et de créer des tensions artificielles, les gens sont déjà comme des braises à peine sorties de la chaudière et ils se lâchent, et surtout ils oublient tout le reste, l’espace d’un instant, de quelques jours, ou le temps d’une élection présidentielle… Comme si l’escadrille des emmerdes chère à Jacques Chirac n’était qu’un mythe, les fauteurs de troubles ont le soutien des troubleurs de faits pour que les emmerdements perdurent et particulièrement sur le terrain religieux, et tout ceci n’est pas très engageant pour l’élection de 2017 en ce qui concerne les véritables sujets à débattre…

Cyril

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